Première parution en 1956, et adapté au cinéma en 1957, l’homme qui rétrécit est avec Je suis une légende, l’un des livres incontournables de Richard Matheson. Vous pouvez penser que l’histoire d’un homme qui rétrécit n’est pas très originale, mais dites vous bien qu’il y a 60 ans, les livres de cet auteur ont fait exploser les ventes de ce style de littérature.
Hormis des sujets révolutionnaires pour l’époque, Matheson est connu pour traiter ses histoires avec une vision différente. Ici par exemple, il ne s’agit pas seulement d’un homme qui vit jour après jour en se cachant. Tous les aspects des causes et des conséquences restent en arrière plan du sujet du livre, et se lisent par chapitre parsemé à travers le livre, comme des flash-back.
Principalement, Matheson nous raconte un moment précis de la vie de cet homme, tout se déroule en un seul lieu, autour d’une seule quête, et face à un seul ennemi. Enfermé dans la cave, alors qu’il ne mesure pas plus de 4 centimètres et que son ennemi juré, une simple araignée, l’empêche de se nourrir, Scott Carey tente de survivre et de ne pas sombrer dans le désespoir.
Ensuite, l’auteur joue avec les armes qu’il aime manier dans ses livres. Les faiblesses de l’homme, ses forces pour s’en sortir à travers tout un système de réflexion qui font cogiter ses héros, souvent solitaires. Par exemple, Scott Carey n’a de cesse de se revoir dans cette cave, alors que son corps était de taille normal. Le tuyau d’arrosage devenu un serpent géant, la table aussi haute qu’une montagne, les marches le séparant du monde extérieur, et cette araignée qu’il aurait écrasé avec son pouce… Et qui aujourd’hui le surplombait de plusieurs centimètres. Et chaque jour de plus en plus petit, le héros lutte contre de nouveaux obstacles et toujours son ennemi.
Son second tourment réside dans l’inconnu du futur. En effet, son rétrécissement étant très régulier et très précis, Scott Carey attend sa fin, sa réduction à néant. Un mystère que le lecteur suit avec ferveur tant la question est évidente et impensable. J’insiste sur le fait qu’il arrive à aborder des sujets auxquels nous ne penserions pas sur une intrigue « impossible ». Il serait tellement simple, voir lourd, de s’attaquer à la facette « Chérie, j’ai rétrécit les gosses ». Matheson « explore », et c’est ce qu’on aime. L’aspect sexuel, l’autorité du père sur sa fille, le regard des autres évidemment, la presse, l’impuissance de la médecine et les actions de tous les jours qui font de sa vie un enfer de plus en plus dur à supporter. Captivant !
Je n’ose même pas aborder le style d’écriture qui est bien évidemment impeccable. Richard Matheson utilise des mots simples, décrit ses phases d’action avec facilité et précision, et dose parfaitement ses descriptions. En bonus, je glisse une image du film…
A lire ! Tout simplement !

Pour connaître Richard Matheson, il est indispensable de lire ce livre. Je suis une légende est à Matheson, ce que Le paradis perdu est à John Milton. C’est SON œuvre.
Un Robinson Crusoé coincé sur une île qui s’appelle la Terre. Une facilité de lecture déconcertante, et un personnage ne cachant aucune facette de l’Homme. Tout glisse parfaitement, rien d’inutile, chaque détail compte. La palette d’émotion qui fait l’Homme est retracée à travers toutes ses pages et presque palpable.Matheson jongle avec les styles, et on arrive à se demander si Neville écrit un journal intime, ou si l’auteur est dépassé par l’univers de son livre.