la_souris_bleueCinquième roman de Kate Atkinson, La Souris Bleue n’est pas, comme son titre pourrait sembler l’indiquer, un livre pour enfants. Mais alors pas du tout. Case Histories (c’est le nom original du roman) est une histoire policière contemporaine, dont l’action se déroule en Angleterre, plus particulièrement à Cambridge et alentours. Mais Case Histories est avant tout le livre que Stephen King (oui oui, LE Stephen King) a placé en toute première position dans la liste de ses romans préférés de l’année 2005, n’hésitant pas à le qualifier de « meilleur mystère de la décennie ». Rien que ça.

Autant vous dire qu’en commençant ma lecture, je me réjouissais à l’avance à l’idée de lire un des livres préférés du maître. Mais que se passe-t-il, très souvent, lorsque l’on a un énorme a priori positif sur quelque chose ? On est déçu. Et, fatalement, en refermant ce livre, j’étais très déçu.

Case Histories raconte l’histoire d’un détective privé, Jackson Brodie, qui va recevoir quasiment simultanément les demandes de quatre nouveaux clients. Deux sœurs, tout d’abord, Amelia et Julia, qui suite à la découverte d’un objet particulier dans la maison familiale, vont vouloir retrouver leur petite sœur, Olivia, disparue trente-quatre ans plus tôt, alors qu’elle n’avait que trois ans. Puis Theo, un homme obsédé par le meurtre de sa fille Laura, dix ans plus tôt, et qui souhaite retrouver le meurtrier, qui n’a jamais été identifié. Enfin, Shirley, qui souhaite savoir ce que sa nièce, Tanya, est devenue. Tanya, qui quand elle était bébé a assisté avec Shirley au meurtre de son père par sa mère, Michelle, d’un coup de hache dans le crâne.

Jackson, efficace, va mener l’enquête tout en naviguant autour de tous ces personnages. Ou plutôt non, c’est l’inverse. C’est lui le pivot central du roman, autour duquel vont orbiter tous les personnages et leurs histoires personnelles, jusqu’à s’entrechoquer les uns avec les autres. Car c’est ce qui fait le cœur de l’histoire : les protagonistes d’évènements sans aucun rapport les uns avec les autres vont finalement se retrouver embringués dans la même histoire, sans le vouloir.

Alors, j’ai été déçu, certes, mais Case Histories est-il si mauvais que ça ? Pas du tout, ce livre possède de nombreuses qualités, les principales étant la construction relativement originale, la profondeur des personnages, et le style, très vivant et assez sombre, parfois à la limite du dérangeant.

En ce qui concerne la construction, Case Histories commence par relater brièvement les 3 cas qui nous intéressent, la disparition d’Olivia en 1970, la mort de Laura en 1994, et le coup de folie de Michelle en 1979. On se prend vingt noms de personnages dans la figure en cinquante pages, mais au moins l’action est placée. Ensuite, les chapitres portent à chaque fois le nom d’un personnage, alternativement Amelia, Theo, Jackson et Caroline (Caroline ? Mais qui est cette Caroline ?), et racontent les événements du point de vue de ce personnage. Du coup c’est parfois assez déroutant car on a affaire à des retours en arrière, ou des évènements complètement inexpliqués qui sont mis en lumière par un autre personnage dans le chapitre suivant. Mais ça a le mérite d’être original et surtout d’accrocher le lecteur, qui sait qu’il pourra peut-être en apprendre plus sur ce qu’il vient de lire s’il lit le chapitre suivant.

Kate Atkinson

Kate Atkinson

Mais les véritables points forts de ce roman sont les personnages et le ton du livre. Kate Atkinson ne fait pas dans la demi-mesure, elle n’hésite pas à révéler, de façon magistrale, les côtés sombres de ses personnages, et on voit bien qu’il n’y a aucune autocensure dans la description de certaines scènes, parfois à la limite du sordide, et qui pourront choquer les plus sensibles (un tiers des critiques sur les sites américains crient quasiment au scandale). Mais ça donne une profondeur, un réalisme, une certaine authenticité à l’histoire qui nous est racontée, et c’est une bonne chose.

Alors, pourquoi déçu ? Et bien parce qu’en lisant la critique de Stephen King, ainsi que les critiques dithyrambiques qui recouvrent couverture, quatrième de couverture, et premières pages, je m’attendais… et bien… je m’attendais au « mystère de la décennie ». Et niveau mystère, j’ai déjà vu bien mieux que Case Histories. Oui, il y a bien quelques surprises, dont certaines qu’on voit venir à 200 kilomètres et d’autres qu’on n’a absolument aucun moyen de prévoir, mais pas de révélation de dernière minute, ni de réel fil conducteur dans le mystère. En finissant le livre, j’ai cru pendant un moment que j’avais loupé quelque chose, que j’étais passé à côté d’un élément important, mais caché. Mais après quelques vérifications, j’ai dû me rendre à l’évidence : l’intrigue est loin d’être aussi palpitante que ce à quoi je pouvais m’attendre en lisant les critiques. Au niveau « mystère mystérieux, suspense, intrigues et autres retournements de situation », c’est plat. Autant le déroulement de l’histoire est intéressant et accrocheur, autant le dénouement est creux et décevant. En gros, si vous voulez un bon policier, choisissez plutôt un bon vieil Agatha Christie et pas ce roman. Je pourrais aussi parler des « grosses coïncidences de la vie des personnages qui arrangent bien les auteurs des fois quand même », mais bon, ça n’est pas encore trop gênant ici.

En conclusion, Case Histories est loin d’être dénué de qualités, mais ce n’est pas celles auxquelles je m’attendais. C’est un livre bien écrit, avec un style très intéressant, une belle galerie de personnages, c’est aussi un travail de réflexion sur la société, les rapports familiaux, la noirceur humaine, mais ça n’est en rien le mystère de la décade, ou même de l’année (ou du mois). Ou alors les amateurs de romans policiers ont vraiment du souci à se faire…

‘Ecrit par Sébastien’

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