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La Horde du Contrevent

Quand on crée un blog comme Bibliophage, on espère donner envie aux gens de lire, on voudrait partager ces oeuvres qui nous ont fait passer un bon moment, cela nous permet de découvrir des auteurs, des styles… Et puis il y a ces moments inattendus, rares et tellement bons… Tellement incroyables qu’on ne voudrait pas qu’ils soient plus fréquents pour goûter à cette impression de découverte. En 6 ans de Bibliophage, j’ai eu un énorme coup de coeur pour un livre de Richard Matheson dont je parle assez souvent : Je Suis une Légende. Et bien la semaine dernière, j’ai pris une deuxième énorme claque. Le genre de surprise qui nous pousse à avancer sans relâche tout en redoutant le moment où arrivera l’ultime page. Le genre de fracas littéraire qui nous fait espérer jusqu’au bout que la déception ne  surgira pas au détour d’un chapitre. L’équivalent d’un Matrix au cinéma, d’un match nul 5 à 5 entre Lyon et Marseille… Bref, l’immanquable.

La Horde du Contrevent est un livre incroyable dans lequel Alain Damasio rebâtit totalement notre réalité. La philosophie même de l’histoire est modelée dans l’esprit de l’auteur et restituée de manière très compréhensible. Le postulat de base : Un groupe d’élite de 23 hommes et femmes formés dès l’enfance doit traverser le monde pour atteindre… l’origine du vent. Ce vent qui est un personnage à part entière. L’auteur lui donne des formes et des noms, il le personnifie. Tantôt ennemi, tantôt simple observateur. Parfois divin, parfois élément du décors, le vent et toutes ses digressions sont le seul personnage omniprésent du livre. Il fait parti de chaque phrase, de chaque pensée, de chaque force et de chaque faiblesse des protagonistes. Même dans un endroit clos, le vent est présent en tant que « vif » dans la création même des hommes. Il ne s’agit pas d’un simple élément original que l’auteur utilise, Damasio traite ce  sujet avec tellement d’assurance, de profondeur et d’intelligence que cela semble très rapidement normal pour le lecteur. Normal et éblouissant de sens.

Au-delà de ça, les personnages humains, les 23 protagonistes restent le centre de tous les débats. Au début du livre, ils ont entre 35 et 40 ans et voyagent ensemble depuis… plus de 20 ans. Ils ont déjà un vécu, un passé, de l’expérience et le lecteur arrive là comme un cheveu sur la soupe alors que le groupe s’apprête à essuyer une tempête de vent. L’aspect le plus intéressant est le rôle que chacun à dans le groupe. L’expert en vent, en feu, en plante, le protecteur, le diplomate… Bref, tout ça est à découvrir.

L’originalité est poussée à l’extrême. Chaque membre est représenté par un symbole dont la légende figure sur le marque-page vendu avec le livre. L’importance de ce marque-page réside dans le fait qu’au début des paragraphes, l’un des symboles est présent pour préciser à travers les yeux de quel personnage l’acteur vit l’action. Ça peut paraître confus au départ mais cela rajoute une vrais immersion et une originalité notable sachant que parfois un schéma est présenté avec tous les symboles pour faire comprendre aux lecteurs la position de chaque personnage.

De même, symboliquement, le livre « commence » à la page 600 et des poussières pour « finir » à la page 1…

Au-delà de ces aspects, l’écriture est géniale. Suivant les personnages, le ton est vraiment différent sans être caricatural (sauf peut-être pour Golgoth mais on peut le comprendre vu la personnalité du gars). La relation entre les protagonistes aussi est bien traitée. Beaucoup de relations-clichées ont été écartées. Il n’y a pas « le chef », « le faux méchant », « la belle gosse », « la grosse tête », « le faire valoir »… Même si on peut entrevoir ces rôles, les personnages montrent différents aspects. Certains héros permettent à Damasio de partir en live avec les mots. Golgoth dans le langage de chartier et Caracole dans un style complètement fou avec en point d’orgue la fameuse joute orale. A lire absolument ! Cette joute justement qui arrive à nous tendre autant que les incroyables luttes contre le vent.

Il est peut-être temps que j’arrête là ! Je pourrais en écrire encore des pages. Ce livre a connu un immense succès simplement grâce au bouche à oreille ? Et bien comptez sur moi pour perpétuer ce rituel. Son auteur n’a écrit que deux livres, il est lyonnais et il marque au fer rouge la science fiction avec sa « Horde du Contrevent ».

Si un jour il passe par notre site, en tant que compatriote, j’aurais une question »personnelle » à lui poser sur un élément quasi insignifiant de son histoire… ;)

Enooooorme coup de coeur de ces dernières années. Et pour ceux qui veulent en savoir plus : http://www.lahordeducontrevent.org/univers/accueil.html

Ha oui ! Et la fin…

 

Des Fleurs pour Algernon

Charlie Gordon n’est pas un jeune comme les autres. Il est arriéré mental de naissance. Ses journées sont rythmés par son travail d’apprenti boulanger et ses cours de lecture et d’écriture dans la classe de Miss Kinnian. Un jour, le professeur Strauss et le professeur Nemur prennent contact avec Charlie. Forts de la réussite d’une expérience tentée sur une souris de laboratoire nommée Algernon, ils lui proposent de subir une intervention chirurgicale pouvant rendre le jeune homme hyper intelligent…

La première chose qui frappe en commençant ce roman de Daniel Keyes, c’est son style. Ce roman réuni les comptes rendus que Charlie Gordon écrit comme un journal intime. Nous ne suivons donc que son point de vue au fur et à mesure que l’expérience évolue. Le premier rapport nous met tout de suite dans le bain puisque le héros rédige son premier papier alors qu’il attend les résultats de son entretien préalable avec les professeurs. A ce moment-là, son niveau intellectuel est au plus bas et l’auteur a évidemment pris le parti de faire de son protagoniste un quasi illettré.  Cela vous donnera peut-être l’impression de lire un skyblog mais n’oubliez pas que la première parution de ce livre au US date de 1966 (il y eut une première parution de la nouvelle en 1959). De là à dire que les jeunes rédacteurs de ces merveilles d’internet écrivent comme des arriérés mentaux, il n’y qu’un pas…

Toujours est-il que vous allez suivre l’évolution de ce personnage à plusieurs niveaux. Suite à l’opération, l’auteur laisse apparaître les premiers changements à travers la maîtrise grandissante de la langue. Les fautes se font plus rares, la ponctuation plus juste, les phrases plus complexes. Keyes n’en abuse pas pour autant, cet aspect rentre dans la norme pour laisser la place aux évolutions beaucoup plus prenantes et significative que l’opération provoque.

Le tout devient parfois philosophique. Quelle est la place de Dieu dans ce changement ? A t-il trahi l’ancien Charlie Gordon ? Quel est sa place dans ce monde ? Quel rapport doit-il entretenir avec ses origines ? Que signifient ses visions du petit Charlie qui semble l’observer dans sa nouvelle vie ? Tout cela est traité de manière totalement abordable. D’autant plus que cela se mélange à la découverte de l’amour, de la culture, du cynisme humain que la naïveté et la simplicité de l’ancien Charlie ne pouvait pas prendre en compte. Puis arrive le moment où le héros dépasse le niveau d’intelligence « normal » et atteint des sommets inégalés, ce qui à pour conséquence de le marginaliser à nouveau.

C’est une des histoires les plus poignantes qu’il m’ait été donné de lire. La quête de cet homme pour atteindre la normalité, ses découvertes, ses révélations, la manière dont la réalité ne cesse de le frapper avec violoence et de le ramener à ses doutes primaires est surprenante. On le suit, on veut l’aider, on lui souhaite de réussir, d’aimer, d’être aimer… Ce personnage encaisse une multitude de désillusions et de déceptions cependant, il se bat encore et encore pour être normal. Et tout ça, toujours à travers ces comptes rendus.

Je n’ai pu m’empêcher de sentir poindre du Matheson dans ce livre de Keyes. La solitude de Charlie Gordon au milieu de ses pairs n’est pas s’en rappeler celle de Robert Neville dans « Je Suis Une Légende ». Et le feu d’artifice émotionnel offre son clou du spectacle lors des derniers chapitres…

Un incontournable !

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L’Homme qui Rétrécit

homme_qui_retrecitPremière parution en 1956, et adapté au cinéma en 1957, l’homme qui rétrécit est avec Je suis une légende, l’un des livres incontournables de Richard Matheson. Vous pouvez penser que l’histoire d’un homme qui rétrécit n’est pas très originale, mais dites vous bien qu’il y a 60 ans, les livres de cet auteur ont fait exploser les ventes de ce style de littérature.

Hormis des sujets révolutionnaires pour l’époque, Matheson est connu pour traiter ses histoires avec une vision différente. Ici par exemple, il ne s’agit pas seulement d’un homme qui vit jour après jour en se cachant. Tous les aspects des causes et des conséquences restent en arrière plan du sujet du livre, et se lisent par chapitre parsemé à travers le livre, comme des flash-back.

Principalement, Matheson nous raconte un moment précis de la vie de cet homme, tout se déroule en un seul lieu, autour d’une seule quête, et face à un seul ennemi. Enfermé dans la cave, alors qu’il ne mesure pas plus de 4 centimètres et que son ennemi juré, une simple araignée, l’empêche de se nourrir, Scott Carey tente de survivre et de ne pas sombrer dans le désespoir.

Ensuite, l’auteur joue avec les armes qu’il aime manier dans ses livres. Les faiblesses de l’homme, ses forces pour s’en sortir à travers tout un système de réflexion qui font cogiter ses héros, souvent solitaires. Par exemple, Scott Carey n’a de cesse de se revoir dans cette cave, alors que son corps était de taille normal. Le tuyau d’arrosage devenu un serpent géant, la table aussi haute qu’une montagne, les marches le séparant du monde extérieur, et cette araignée qu’il aurait écrasé avec son pouce… Et qui aujourd’hui le surplombait de plusieurs centimètres. Et chaque jour de plus en plus petit, le héros lutte contre de nouveaux obstacles et toujours son ennemi.

richard_mathesonSon second tourment réside dans l’inconnu du futur. En effet, son rétrécissement étant très régulier et très précis, Scott Carey attend sa fin, sa réduction à néant. Un mystère que le lecteur suit avec ferveur tant la question est évidente et impensable. J’insiste sur le fait qu’il arrive à aborder des sujets auxquels nous ne penserions pas sur une intrigue « impossible ». Il serait tellement simple, voir lourd, de s’attaquer à la facette « Chérie, j’ai rétrécit les gosses ». Matheson « explore », et c’est ce qu’on aime. L’aspect sexuel, l’autorité du père sur sa fille, le regard des autres évidemment, la presse, l’impuissance de la médecine et les actions de tous les jours qui font de sa vie un enfer de plus en plus dur à supporter. Captivant !

film_homme_qui_retrecitJe n’ose même pas aborder le style d’écriture qui est bien évidemment impeccable. Richard Matheson utilise des mots simples, décrit ses phases d’action avec facilité et précision, et dose parfaitement ses descriptions. En bonus, je glisse une image du film…

A lire ! Tout simplement !

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Je suis une Légende

je_suis_une_legendePour connaître Richard Matheson, il est indispensable de lire ce livre. Je suis une légende est à Matheson, ce que Le paradis perdu est à John Milton. C’est SON œuvre.

Adapté au cinéma en 1964, ce livre écrit 10 ans plus tôt met en scène un homme, peut-être le dernier sur Terre. Robert Neville tente d’organiser sa vie, enfermé chez lui alors que dehors des hordes de monstres veulent sa mort. Un virus à transformé tout être humain en zombie, et lui seul semble être immunisé. Des artifices, que je vous laisse découvrir, empêchent les créatures d’approcher la demeure de l’hermite.

Après avoir vu sa femme, sa fille, ses voisins mourir puis revivre, Neville laisse filer les mois et les années se déshumanisant, s’arrangeant de sa vie et oubliant dans l’alcool … Jusqu’au jour où…

Un vrai coup de cœur, et une nouvelle œuvre incontournable pour tous les fans du genre. Entrée en matière directe. Quand on pense que ce livre a été écrit en 1954, on comprend pourquoi Richard Matheson est devenue une icône. L’auteur n’est pas là pour expliquer d’où vient le virus, mais pour étudier la vie solitaire d’un homme.

richard_mathesonUn Robinson Crusoé coincé sur une île qui s’appelle la Terre. Une facilité de lecture déconcertante, et un personnage ne cachant aucune facette de l’Homme. Tout glisse parfaitement, rien d’inutile, chaque détail compte. La palette d’émotion qui fait l’Homme est retracée à travers toutes ses pages et presque palpable.Matheson jongle avec les styles, et on arrive à se demander si Neville écrit un journal intime, ou si l’auteur est dépassé par l’univers de son livre.

Puis viennent les explications, Matheson redouble d’originalité pour nous servir des réponses audacieuses, cohérentes et inattendues.Avec une fin surprenante, les derniers paragraphes finissent en beauté et les 8 dernières phrases pourraient presque vous tirer quelques larmes tant les phrases sont bien tournées et les mots bien choisis.

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